LE SOIR : Après 30 ans de silence radio, SIS renaît en version 2.0

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Si on n’a pas connu l’assassinat de John Lennon, Reagan ou les Diables rouges au Mexique, son nom n’évoquera sans doute pas grand-chose. SIS, c’était pourtant LA radio des années 80. Pas seulement pour son ton unique, un brin « provoc’», qui a dépoussiéré les tympans de toute une génération. En pleine « guerre des ondes », la première grande radio indépendante du pays (avec Contact) a aussi bousculé le paysage audio comme personne. Monopolisée par la « RTB », la bande FM se libérait enfin, donnant naissance aux futurs Nostalgie, Fun Radio, NRJ, BelRTL… Toutes, aujourd’hui, peuvent brûler un cierge à la mémoire de SIS, où plusieurs ténors ont d’ailleurs fait leurs premières armes (Daniel Weekers, Stéphane Rosenblatt, Jean-Jacques Deleeuw, Claude Moniquet…).

Sauf que SIS n’est pas morte en 1988. Son fondateur, son moteur, son âme, son esprit, n’a jamais lâché les manettes. Cet infatigable passionné de la radio, c’est Michel Brunelli, alias « Lucifer » pour les habitués de la bande FM indépendante. Après les aventures TOP FM, Nostalgie et, plus récemment, celle de BXFM, l’infatigable défricheur des ondes a décidé de relancer la machine SIS. Décollage prévu à la mi-janvier, après plus de 30 ans de silence radio.

« Le son ne suffit plus »

« SIS est née d’une tribu de gens qui déjà travaillaient ensemble, dans divers domaines, comme la production de disques, le monde de la fête… Et on ne s’est jamais quitté, même si chacun, depuis, a pu s’affirmer dans son domaine », confie au Soir Michel Brunelli. « On s’est dit “Refaisons cette radio qui avait un esprit”, un ton que les gens appréciaient parce qu’il n’était pas formaté. Pareil aujourd’hui, les radios ont toutes une structure très rigide et ont parfois perdu cette capacité à innover, à vraiment parler aux gens, c’est-à-dire être plus artiste et moins technocrate. »

Dans la bande, on retrouve une bonne partie des animateurs historiques. SIS va-t-elle pour autant appuyer sur le bouton « on » de la table de mixage comme si rien ne s’était passé en trois décennies de chamboulement numérique ? « Surtout pas », poursuit Michel Brunelli. « Aujourd’hui, le son ne suffit plus. On a mis autant de moyens dans un studio image que dans le studio son, avec des caméras, des “green keys…”  » De quoi, par exemple, filmer des sessions acoustiques, des interviews en long format, organiser des « Zoom » avec des artistes à l’étranger…

En matière de contenus, pas question de s’enfermer dans la case des nostalgiques des « eighties ». « Nous serons transgénérationnels, entre esprit vintage et modernité », suggère Michel Brunelli, dont le fils de 13 ans, par exemple, proposera chaque semaine un disque à faire écouter aux « darons », les « vieux » en langage « djeuns ». « Un esprit, ça n’a pas d’âge. Notre envie de découverte n’a pas pris une ride… On fera SIS en 2020 comme si on ne s’était jamais arrêté. »

SIS en 2021, ce sera donc bien plus qu’une radio, « et encore moins une simple radio filmée » mais une plateforme multimédia « 360 », avec un site web, une chaîne YouTube, une page Facebook, du podcast, une application mobile où l’on retrouvera des productions son et image propres. « En réalité, plus personne n’écoute de la radio, on écoute un son qui vient de plusieurs sources, de son PC, de son téléphone, de sa tablette. Mais pas nécessairement d’un poste de radio. »

Cap sur le DAB+

Pour autant, « même si elle est vouée à mourir », SIS ne boudera pas la bonne vieille bande FM. Elle sollicitera dès 2021 la fréquence libérée par BXFM à Bruxelles (104.3 FM). Cap surtout sur le DAB+, la radio numérique pour laquelle le CSA libérera 18 fréquences destinées aux radios indépendantes en 2022. 17 ont d’ores et déjà été attribuées, nous précise le régulateur. D’ici là, Michel Brunelli n’exclut pas de faire héberger des séquences de SIS sur des radios régionales « sœurs » qui n’ont pas l’obligation de réaliser 100 % de programmes propres. « SIS est une marque » insiste son fondateur, qui assure aussi disposer d’un plan financier pour un an, sans publicité. « L’argent a toujours été une conséquence de ce que l’on a fait et pas le point de départ, sinon, nous ne l’aurions pas fait. »

« La FM va disparaître, le DAB+ va exploser l’offre », tempère Michel Brunelli, « mais l’avenir, c’est là où sont déjà les gens aujourd’hui : le Web, le mobile, où ils picorent une infinité de contenus. Ils n’en ont jamais assez. L’avenir appartient donc à ceux qui créent du contenu, et qui seront crédibles et sincères dans leur production. »

Mise à jour (mardi 8 décembre, 16h30). Comme nous l’avait confirmé le CSA pour la rédaction de cet article, la fréquence occupée à ce jour par BXFM, radio indépendante « bruxello-européenne », arrivera bel et bien à échéance le 30 janvier 2022. Le régulateur lancera dès lors un appel d’offres « dans les 6 mois qui précèdent l’échéance » pour accorder ladite fréquence, à savoir le 104.3 FM. SIS devrait donc se présenter. Mais aussi… BXFM. Contrairement à ce que nous a affirmé Michel Brunelli, la radio est toujours bel et bien en activité, et ne manquera pas de solliciter un nouveau bail auprès du CSA. C’est d’ailleurs ce que nous a confirmé, ce mardi, Philippe Sala, président et fondateur de BXFM, « très surpris d’apprendre » que la radio aurait mis la clé sous le paillasson. « Les propos de Michel Brunelli sont inexacts », nous assure Philippe Sala. « Bien sûr, comme beaucoup de radios indépendantes, nous traversons une période difficile sur le plan publicitaire en raison de la crise du Covid. Mais BXFM se porte très bien. Nous venons d’ailleurs d’aménager au rez-de-chaussée du 500 avenue Louise, soit le siège de la Chambre de Commerce de Bruxelles, où gravitent de nombreux entrepreneurs et start-up. Il y a aujourd’hui une cinquantaine de personnes qui participent à la vie de BXFM. »

Nous présentons nos excuses à nos lecteurs, aux auditeurs et partenaires de BXFM et à Philippe Sala pour ce malentendu.

Source : Article paru le 08/01/2021 dans LE SOIR.