Eric Zemmour

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Quand nous étions enfants, existait une série télévisée dans laquelle un héros masqué signait « à la pointe de l’épée, d’un Z qui voulait dire Zorro ».

55 ans plus tard, c’est un autre Z qui occupe la scène médiatique française. Eric Zemmour.

On pense ce qu’on veut de lui, mais il est certain qu’il va assurer le spectacle pendant quelques mois, s’il n’explose pas en vol d’ici là.

Zemmour est intelligent et cultivé, cela rend d’autant plus impardonnables certaines de ses sorties.

Comme, par exemple quand, dans un livre, il explique que le Maréchal Pétain a protégé les juifs français en 40-44.

Que l’ensemble de l’historiographie due à des auteurs plus sérieux, comme Paxton ou Klarsfeld pour n’en citer que deux affirment au contraire que Vichy allait largement au-devant et au-delà de ce que les nazis demandaient en termes de déportation ne l’embarrasse pas une seconde.

Le goût de la polémique, l’amour de la provocation, le talent des petites phrases à l’emporte-pièce. Tout cela fait un bon client pour les médias.

Car sans eux, il n’y aurait pas de phénomène Zemmour. D’un trublion de salon du 16ème arrondissement, ils ont fait un véritable phénomène de foire. Impossible d’ouvrir un journal ou de se brancher sur une radio ou une télé sans déguster du Z. Jusqu’à l’indigestion, parfois.

Mais tout ça ne fait pas un programme présidentiel.

Il tient en peu de mots : plus de sécurité et moins d’immigration. Avec une dose de sécurité et quelques mots sur l’immigration. Sans oublier, bien entendu, l’immigration et la sécurité. Bref, on l’a compris, Z est légèrement monomaniaque. 

Que la sécurité soit un souci majeur des Français, c’est incontestable. Que l’immigration mal régulée et les manquements à l’intégration posent problème, c’est une évidence. Mais bâtir tout un programme là-dessus, c’est un peu court. 

Or, à ce jour, on n’entend pas Eric Zemmour sur le reste : l’économie, l’emploi, les questions climatiques, les rapports avec la Russie ou la Chine ou l’Europe sont pourtant, quand même, de lourds dossiers qui occupent nombre de soirées d’un président.

S’il est vraiment candidat, on assistera à un intéressant affrontement entre deux versions de l’extrême droite : celle d’Eric Zemmour et celle qu’incarne Marine Le Pen.

Il est possible que Z arrive au deuxième tour de la présidentielle, mais c’est loin d’être garanti.

Pour réaliser cet exploit il devrait dépasser les frontières traditionnelles de l’électorat d’extrême droite et prendre des voix à la droite classique.     

Et ce n’est pas gagné. Christian Estrosi, ancien républicain et maire de Nice, déclarait il y a quelques jours : «Zemmour ce n'est pas De Gaulle, c'est à peine sa rature [...] Il plaide pour la confusion des droites et certains, au sein de mon ancienne famille politique, pactisent avec cette folie. Il n'y a pas de continuum entre la droite républicaine et l'extrême droite, il y a une irréversible différence de nature»...

Mais même s’il arrive au second tour, le Z ne sera jamais élu parce que là il devrait rassembler y compris au centre et à gauche. Et ça, pour l’homme qui a essayé de réhabiliter Pétain, c’est mission impossible.